A la faveur d’un incident survenu le lendemain du scrutin, la ville frontalière a manqué de basculer à nouveau dans des violences communautaires. N’eût été une intervention musclée de l’autorité administrative. Tout serait parti, d’après des sources, d’un rassemblement, le 10 octobre 2011, à Ngoazick, un village situé à 32 Km du centre-ville de Kye Ossi. |
Après une tenue «paisible», la veille, du scrutin, une élite de la localité, ayant battu campagne pour le Rdpc (Rassemblement démocratique du peuple camerounais), souhaite y regrouper des militants et sympathisants du parti, afin de leur distribuer les t-shirts et casquettes promis durant cette campagne. Dans le cours de ce rassemblement, les jeunes, en majorité venus des villages de Ngoazick et de Nsack, initient un barrage sur la route et stoppent tous les véhicules «clandos» qui empruntent la route qui passe par là.
Cible principale, d’après d’autres sources, des agriculteurs qui se rendent dans leurs plantations de tomates situées aux environnements, et dont la plupart se trouvent être de l’ethnie Bamoun, très présente dans cet arrondissement. « Ils nous accusent d’avoir voté pour un parti d’opposition (l’Union démocratique du Cameroun, dont le président Adamou Ndam Njoya est de la même ethnie, ndlr) », explique Tapon Mama, le président d’arrondissement de l’Udc pour Kye-Ossi.

Pris de panique, certains militants dudit parti auraient même fui la ville la veille des élections, par peur d’éventuelles représailles. Dans la «requête pour préméditation de violences et voies de fait» qu’il adresse au gouverneur de la région du Sud le 11 octobre, le coordonateur départemental pour la vallée du Ntem, Me Eboa Essono, décrit des « hommes, adultes, jeunes garçons et femmes, tenant en mains les machettes, les gourdins et d’autres armes tranchantes ».
Réunion de crise
D’après le chef de village de Ngoazik, Etienne Zoue Edou, ce n’est là qu’une mauvaise interprétation du geste des habitants de son village, eux qui, en posant les barrages, ne faisaient que «s’amuser». D’autres partis d’opposition, à l’instar du Sdf, se plaignent pourtant de la récurrence des actes d’intimidation et des menaces à l’endroit de leurs militants. L’équation Bamoun = Udc serait si tenace ici qu’une lettre anonyme aurait circulé, appelant à une guerre entre Ntumu et Bamoun, avant d’être retirée.Des incidents survenus ce 10 octobre, il n’y a certes pas eu de morts, de blessés, ni de tensions graves ; mais l’autorité administrative a voulu sévir. Outre une intervention musclée sur le lieu des incidents, le préfet de la Vallée du Ntem, François Franklin Etapa, a présidé, mardi 11 octobre, une réunion de crise élargie aux forces de maintien de l’ordre, autorités municipales, leaders de partis politiques, hommes d’affaires, etc. Objectif : «exorciser les démons de la division communautaire» et «faire passer le message de la paix» dans cette ville si cosmopolite, mais toujours si fragile. |