Une initiative qui a surpris plus d’un observateur tant l’opinion
a attendu ces acteurs politiques sur ce terrain longtemps avant. En y allant en rangs dispersés, les opposants savaient pertinemment leurs chances de la remporter minables. Ce que tous semblaient d’ailleurs savoir dans leur fors intérieur. Mais dans ce que d’aucuns ont appelé égoïsme, les uns et les autres ont tenté l’aventure. Résultat des courses, une cuisante défaite en perspective.Mais loin de là, les partisans de la démocratie, version «Printemps arabe», sont convaincus que rien ne peut empêcher la fraude du système Biya. «Elecam a montré qu’il ne pouvait pas organiser une élection juste et transparente», croit-on là bas. Ni même que le régime de Yaoundé peut permettre la ténue d’une élection crédible. D’où leur détermination à aller dans la rue.

Y parviendront-ils ? Rien n’est moins sûr. Mais ce qui est certain est que Ni John Fru Ndi et les siens s’aventurent vers une initiative qui peut soit leur ouvrir les portes du bonheur, soit leur être fatalement préjudiciable. D’une part, la rue pourrait y trouver un argument de revitalisation en contribuant à rebâtir la réputation d’une opposition qui, au fil du temps, a vu le pacte de confiance entre elle et le peuple, s’effriter considérablement, au même titre que celle qui lie le gouvernement en place au peuple. Pour preuve, la campagne électorale qui vient de se terminer a vu les uns et les autres préférer le porte-à-porte plutôt que des meetings grand public qui ont fait la réputation de son leader. Et même le pouvoir qui revendique un certain populisme, doit l’affluence à ses invitations, aux billets de banques, aux réceptions fortement marquées d’alcool, et autres gadgets qui servent d’appât aux populations affamées et infantilisées par l’élite.
Implication de la France
D’autre part, une indifférence des populations dont les opposants se font le porte-parole, pourrait sonner le glas de son existence, du moins en ce qui concerne la
vielle garde. Ce qui aurait certainement un impact sur la survie de la démocratie dans un pays où le peuple a longtemps cédé au découragement. Avec des dénonciations avérées ou non, de corruption des opposants par le pouvoir.

En considérant que le bas niveau de vie des Camerounais soit un ingrédient pour une révolution, il faut considérer l’attitude du gouvernement, au banc des accusés. Dans un système où la plupart des manifestations de l’opposition sont interdites ou matées, il est fort probable que la soldatesque prête depuis des mois, à en découdre avec toute dissidence avant, pendant ou après le scrutin, matte dans le sang les manifestations de l’opposition.
Dans un contexte international où une certaine Communauté internationale s’arroge le droit d’ingérence dans les Etats pour «défendre ou protéger les minorités», Fru Ndi et les siens voudraient bien en profiter eux aussi. Pourvu que l’implication de la France dont l’on annonce des agents de renseignement et des forces d’élite, ne joue le jeu du régime pour retarder le basculement du régime de Yaoundé. |