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FAMINE: QUE PEUT-ON ATTENDRE DE L'UA ?
04 août 2011
Enfin les chefs d'Etat africains se réveillent. Ils envisagent de tenir une conférence sous les auspices de l'Union africaine (UA), pour évoquer la famine qui sévit dans l'est du continent. Un réveil toutefois dans un contexte de grandes déceptions, puisque bien avant eux, des non-Africains se sont intéressés à cette famine. Les Occidentaux, notamment, se sont mobilisés pour prendre le problème à bras-le-corps.

L'UA se mobilise pour la Somalie, au moment où la région est victime d'une sécheresse historique : 12 millions de personnes sont menacées. Selon toute vraisemblance, le sommet n'a pas été précédé d'une quelconque réunion de crise alors que l'Afrique de l'Est vit un drame, une véritable crise humanitaire.

Sur les deux milliards et demi de dollars réclamés par les Nations unies, l'on a mobilisé à peine un milliard. L'attitude trop frileuse des pays riches est dénoncée, de même que le manque de plan à long terme des pays directement concernés par cette famine.

On indexe en particulier la mainmise sur des terres éthiopiennes et soudanaises par des Arabes du Golfe, des Asiatiques et des compagnies occidentales pour y cultiver des denrées alimentaires d'exportation ou du biocarburant.

Des terres convoitées également, voire déjà vendues, dans d'autres pays africains. De quoi rendre perplexe sur un continent où la misère prospère, à force d'être négligée et banalisée par les dirigeants.

Alors, pourquoi ces échecs répétés alors que des années durant, le destin du monde agricole s'est retrouvé entre les mains d'experts africains, en particulier à travers des organisations comme l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) et le Fonds international de développement agricole (FIDA) ?
L'UA a annoncé l'organisation d'une conférence sur l'aide aux victimes le 9 août prochain à Addis-Abeba. Mais attendre aussi longtemps pour prendre des décisions urgentes est à cet égard déconcertant.

Une preuve que ça presse ailleurs. L'Afrique affamée et assoiffée peut-elle attendre ? Comme d'habitude. Car, pour l'instant, on est au stade des intentions et l'UA n'est pas davantage sur le bon chemin.

Elle ambitionne plutôt de sauver le régime somalien aux prises avec les bandes islamistes et divers groupes de miliciens. On peut néanmoins se féliciter du regain d'intérêt de l'UA pour le peuple somalien. Il lui faudra quand même aller au bout de ses idées. Or, l'expérience montre que l'UA ne parvient pas toujours à exploiter les périodes de crise pour se réhabiliter.

Dans ce cas-ci, l'Union africaine saura-t-elle être à la hauteur des défis ? Parviendra-t-elle à faire un bon plaidoyer permettant de faciliter la mobilisation urgente de fonds ? Avec le grand retard accusé à l'allumage, c'est à se demander si l'UA parviendra à endiguer rapidement le fléau qui emporte pêle-mêle humains et bestiaux.

Il faut plutôt s'attendre à la voir lancer un appel à l'aide internationale. Mais quid de ces nombreux mécanismes proposés par les experts, et mis au point des décennies durant à travers le continent ?

Qu'en est-il donc des stocks d'urgence, des systèmes d'alerte précoce pour gérer les crises ? En Afrique de l'Ouest par exemple, de tels mécanismes sont en place depuis de nombreuses années.

Il est vrai que les cycles de sécheresse dans les pays du Sahel y ont beaucoup aidé. Mais n'est-il pas temps de faire une sérieuse évaluation des mécanismes existants, voir dans quelle mesure ils sont performants ou défaillants et faire les ajustements nécessaires ?

Dans les zones du continent où de tels mécanismes n'existent pas, dans l'Est en particulier, il faudra bien veiller à en créer et surtout à les faire fonctionner. Car, lorsqu'elles existent, les structures devant aider à juguler les crises en Afrique ont réellement du mal à répondre aux attentes.

C'est un fait que la manière de gouverner de bien des dirigeants africains n'incite guère à envisager l'avenir avec sérénité. Venus le plus souvent par des voies antidémocratiques, mal élus ou reconduits dans des conditions inadmissibles, bon nombre d'entre eux mènent une politique spontanéiste sur fond de népotisme et de clientélisme. Ainsi, nombre d'organisations finissent par se scléroser parce que ne disposant plus de ressources pour fonctionner.

On en trouve qui souffrent du non-paiement des contributions des Etats. D'autres râlent plus du fait du manque de ressources financières et matérielles que de l'absence de motivation. Parfois, l'incompétence et les intrigues l'emportent chez des cadres dont certains en oublient l'éthique et surtout les missions pour lesquelles ils ont été recrutés.

Autant les organisations sont devenues obsolètes, autant on trouve parmi ceux qui y travaillent de véritables reliques attendant qu'on daigne bien les déplacer un jour. En effet, à l'image des Etats, les organisations du continent sont elles aussi devenues de grandes bureaucraties budgétivores. Rapidement gagnées par l'incurie, la plupart connaissent un dysfonctionnement réel.

Pour sortir du trou, bon nombre finissent par confier leur sort aux sources de financement extérieures, lesquelles pèsent alors de tout leur poids sur les politiques de développement des Etats et les stratégies de développement intégré. Les Africains qui aiment à chanter leur solidarité et à exhorter à l'union des forces devraient aujourd'hui avoir un sursaut d'orgueil.

Mais des crises du passé, qu'ont donc retenu les dirigeants africains ? Certains n'ont sans doute que de lointains souvenirs. Les travaux de générations d'experts existent néanmoins, qui confirment que des solutions alternatives peuvent bien permettre de faire face aux crises alimentaires, aux sécheresses cycliques, aux épidémies, etc.

Mais, il faudrait pour cela que l'on veuille bien sortir de l'inertie, et que par des voies consensuelles, l'on oeuvre de concert afin de sortir de la dépendance sur tous les plans. Les dirigeants africains devraient se donner comme boussole les aspirations de leur peuple.

Ceux-ci sont tout de même dans l'attente depuis maintenant cinquante ans. A l'heure où des menaces pèsent sérieusement sur notre environnement, et donc notre équilibre alimentaire, les Africains, surtout les élus, à tous les niveaux, devraient se livrer à une sérieuse introspection.

Chacun devrait s'indigner et trouver dans les suppliciés des politiques de développement, autant de raisons de rebondir. Car, avec des Etats sous perfusion, et une UA elle-même sinistrée, comment gagner le pari de la sécurité alimentaire ?

Source : Lemonde.fr
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