Après trois longues années sans simple de Coupe Davis, le retour de Richard Gasquet était très attendu. Avec l'Allemand Florian Mayer, 20e mondial à la technique toute personnelle, en guise d'amuse-gueule, le menu ne semblait pas trop indigeste.
D'autant que le Bitterois retrouvait la terre battue (de Stuttgart), théâtre de quelques-uns de ses plus beaux exploits, après la parenthèse gazonnée de Wimbledon. Dans son polo bleu floqué du mot "France", Richard propose une entame encourageante. Si le coup droit couine, faute d'être lâché sans retenue, le revers brille (ah ces angles courts croisés !). Et il suffit d'un moment d'absence de l'Allemand au filet pour que Gasquet prenne le large.
Mais il suffit que Gasquet retombe dans ses travers de joueur attentiste pour que tout soit à refaire. Si Mayer a le slice qui déraille, il fait en revanche, à la surprise générale, feu de tout bois côté coup droit. A tel point que "Ritchie" ne peut pas suivre le rythme, englué trois mètres derrière sa ligne de fond de court et piégé par les montées à contre-temps du longiline Allemand. Devant des tribunes clairsemées, la première manche échappe inexorablement au Français. C'est une litote, mais son grand retour ne démarre pas comme attendu.

Sauvé par le stress adverse
La suite n'est guère plus enthousiasmante et ne déroge pas à la règle en vigueur dans ce match. Richard prend un ascendant précoce qu'il abandonne immédiatement dans une accumulation de fautes directes. Dès lors, Mayer écrase de sa frêle stature les débats. Avec ses gestes amples, ses sauts d'équilibriste et ses revers chopés à deux mains, il perturbe le Français, crispé au possible. Le Tricolore cède la deuxième manche, une fois encore sur le même score : 6/4.
On se croirait revenu quelques années en arrière. Gasquet a le coup droit en berne, la tête basse et le regard absent, lui le meilleur joueur français sur terre battue de la saison, dont on claironne à l'envi (et à juste titre) le renouveau.
L'immuabilité du scénario qui se répète en début de troisième set a un côté "gaguesque". Gasquet décramponne Mayer mais se montre incapable de conserver son avantage plus d'une minute. Dans cette ambiance morose pour les Bleus, un épisode insolite va venir égayer l'après-midi : Florian Mayer interpelle l'arbitre pour lui montrer un trou dans la terre battue, que le personnel d'entretien se charge de reboucher, balai à la main.
L'anecdote ne déride pas Gasquet, toujours aussi tendu, qui commet une horrible double faute sur balle de break à 4/4. Mayer sert donc pour le match. Mais alors qu'il avait jusque là fait preuve d'une sérénité totale sur les points cruciaux, le numéro 1 allemand se liquéfie à l'approche d'une victoire qui lui tend les bras. A cet instant, le mérite de Gasquet est d'insister sur le coup droit adverse, réputé fragile sous la pression.
Gasquet a changé
Et ça marche ! Gasquet aligne trois jeux de rang et revient à deux sets à un sous les acclamations du banc français qui se lève d'un seul bond. Se produit alors l'impensable : Mayer, raide comme un bout de bois, est victime de crampes alors que l'on atteint tout juste les trois heures de jeu ! On assiste alors à une parodie de tennis, avec un Mayer qui alterne les coups fulgurants et les bévues grossières, incapable de se déplacer correctement.

Gasquet, sans être brillant, s'ingénie à déplacer son adversaire, ce qui s'avère amplement suffisant (6/3). La tactique est la même dans la cinquième manche. Gasquet remet méthodiquement la balle en jeu et capitalise sur les fautes de Mayer, dont la souffrance se lit sur le visage. Entre les points, Florian se déplace tellement lentement qu'on le sent sur le point de défaillir.
A 3/3, Gasquet tient enfin son break libérateur. Il ne sera plus rejoint. Certes conquise de haute lutte après un match plus que moyen, la victoire est au bout du long chemin de croix. Elle n'en est que plus belle. Richard Gasquet a vraiment changé.
|