En termes comptables, les athlètes tricolores ont rempli l'objectif qu'ils s'étaient fixé, à savoir de trois à cinq breloques. "Je suis un éternel insatisfait, mais quatre médailles, au vu de l'universalité de l'athlétisme, c'est bien", estime le directeur technique national, Ghani Yalouz. "Ce bilan nous convient, même si on avait des attentes supérieures concernant certains athlètes", renchérit le président de la Fédération, Bernard Amsalem.

De fait, les métaux rapportés de Corée – trois bronze et une argent – reflètent une palette de sentiments bien divers. Il y a tout d'abord l'argent content, décroché cash dans la dernière ligne droite des Mondiaux avec le relais 4×100 m masculin. Il y a aussi le bronze des promesses. Celui de Christophe Lemaitre, impérial sur 200 m, avec en prime le record national pulvérisé (19 s 80), et qui a gagné encore un peu plus le respect d'Usain Bolt. "Christophe est une locomotive médiatique, et il est le leader de par son attitude et ses résultats", reconnaît Yalouz. Lemaitre, qui n'est qu'espoir deuxième année, aura 22 ans seulement l'an prochain aux Jeux de Londres. Pour ses deuxièmes mondiaux, il a affiché un niveau de concentration très impressionnant et une fraîcheur mentale certaine, entrainant même dans son sillage le très jeune Jimmy Vicaut, 19 ans et 6e du 100 m pour ses premiers Mondiaux.
Mais il y a aussi le bronze de la confirmation. Celui du talent de Mahiedine Mekhissi, médaillé sur le 3 000 m steeple, qui entre dans le cercle très fermé des Tricolores honorés dans tous les plus grands championnats (Europe, Mondiaux, JO). Avant lui, seuls Marie-José Perec, Jean Galfione et Mehdi Baala avaient réussi cet exploit. "Nous avons une locomotive mais aussi plusieurs chefs de file, car je n'oublie pas certains absents comme Teddy Tamgho, Ladji Doucouré ou Leslie Djhone", souligne Amsalem.
"JE VEUX DES LIONS ET DES LIONNES"
Il y a enfin le bronze de la déception, celui de Renaud Lavillenie, arrivé en Corée avec le statut de grand favori, mais qui n'a pu confirmer pleinement les attentes placées en lui. "En 2009, il avait décroché le bronze en étant outsider, une réussite, là, c'est en étant favori. Cela veut dire que rien n'est jamais acquis. On espère qu'il va intégrer cela pour les JO", formule Yalouz.
Mais le bilan français ne se résume pas aux médailles. "Je redoutais l'euphorie, comme à Paris 2003 [8 médailles] et Helsinki [6], ou le zéro pointé, qui auraient risqué de couper cette dynamique qui est maintenant en place depuis 2009", explique le DTN. "Certaines quatrièmes places valent des médailles", a-t-il estimé, citant notamment Bouabdellah Tahri, quatrième du 3 000 m steeple alors qu'il était blessé. L'essentiel est donc ailleurs, dans l'état d'esprit d'une équipe qui a réussi à vivre quinze jours en Corée en commun. "Je veux des lions et des lionnes, et c'est ce que j'ai vu notamment avec Antoinette Nana Djimou, septième de l'heptathlon alors qu'elle a failli abandonner le premier soir. Elle ou Romain Barras (onzième du décathlon), ont compris qu'ils avaient un coup à jouer à Londres", avance Yalouz.

La réussite du sprint, discipline très suivie, éclaire d'un jour particulier le bilan des Bleus. "On regarde les Français autrement sur le sprint", indique le DTN. Car, avec Lemaitre et Vicaut, la France était le deuxième pays le mieux représenté en finale du 100 m, derrière la Jamaïque. "La France, c'est les Caraïbes de l'Europe sur le sprint, et le Kenya de l'Europe sur le 3 000 m steeple (trois finalistes)", a synthétisé Bernard Amsalem. De quoi placer Londres sur la carte de France. |